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Anna Jane McIntyre

The Ringmaster

The Ringmaster

Non non non non non non non.

Rembobine, sélecteur:

Je recommence.

Il y a deux maîtres de crique. Une grande, un petit. Les deux maîtres de cirque habitent un hautain hôtel dans la ville. L'une habite dans le grenier, l'autre en bas, dans le sous-sol. Appellons-la Josette, apellons-le Frederic. Josette habite dans le grenier et lorsqu'elle regarde par sa fenêtre tout ce qu'elle voit sur des milles et des milles sont des toits, des cheminées, de la fumée, des oiseaux, le ciel, et au loin le trafic, le pont, la rivière. C'est tranquille. Elle aime ça. Les sons de la ville sont assourdis et charmants au moment d'arriver à sa hauteur. Elle sirote des tasses de thé, fume des cigarettes mexicaines et s'émerveille devant toute cette rêverie. Le matin, avant sa gymnastique quotidienne, elle établit une carte des nuages: cirrocumulus, altostratus, cumulonimbus.

En revanche, lorsque Frederic regarde par sa fenêtre, il voit le trottoir. Il voit des jambes, de la gomme, des souliers, des bottes, des flaques d'eau, des roues de taxis et des journaux. Il voit des pieds urbains, la saleté urbaine, des petits chiens urbains et des trucs urbains abandonnés. Frederic entâme sa journée en déjeunant tard au café du coin. Il lit son horoscope, contemple ses rêves, boit deux espressos, en interprète les grains et mange un petit déjeuner anglais. Il jase avec les locaux et les bookmakers, place quelques paris, fait quelques appels puis se dandine jusqu'au boulot.

Ils possèdent cet immeuble. Il s'agit d'une multipropriété pour les gens comme eux. À deux heures chaque jour les artistes du cirque se rencontrent dans la salle de bal au deuxième étage pour travailler sur leurs routines du soir. Frederic est celui qui parle le plus fort. Il est comme un taureau. Le syndrôme du petit homme, chuchotent les gens. Il bouge vite et parfois il crie. Il voit tout. Il fouette entre leurs jambes, leurs mollets, leurs cuisses, en aboyant des ordres. Il est savoureux. Lorsqu'il te parle, tu te sens hypnotisé, tu regardes ses lèvres et ses yeux, oubliant qu'il ne fait que quatre pieds et tu penses Je pourrais te manger (le cannibalisme étant l'expression d'amour la plus parfaite). Il traîne avec lui un porte-voix scintillant et un grand set de clés, qui pend et retentît, annonçant toujours sa présence. Il est vivant comme tout et perceptif aussi. Comme la fois où il a compris que les trois hommes-forts étaient furieux juste parce qu'ils avaient une odeur différente. Sa sensibilité est légendaire. Il tisse entre chacun d'eux, les rassemblant et renforçant leur unité.

Ils ont une relation bien intéressante ces deux-là. Ce n'est pas clair ce que c'est. Est-ce sexuelle/ouverte/exclusive/parfois/toujours/familialle/platonique/professionnelle?

En tout cas, ils forment une bonne équipe.

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